Radiofonies Europe
Prestation - production - création
Radiofonies Europe est une association de droit français qui se consacre à la production et à l’édition de formes documentaires, notamment radiophoniques et audiovisuelles.
Animée par une équipe pluridisciplinaire, Radiofonies Europe croit en l’impact des œuvres sur les êtres et privilégie les projets qui lui semblent être de nature à nourrir la pensée, voire à infléchir le réel.
A coups de détournements et armé de sa rhétorique utopiste, Guy Ernest Debord (1932-1994) a pratiqué une violente guérilla médiatico-littéraire. Manque de pot, tous ceux qu’ils fustigeaient pratiquent son art sans vergogne, ne gardant que la forme pour mieux oublier le fond. Saint-Guy Debord aurait-il donc prêché dans un désert (trop plein de signes) pour que les enfants de la post-modernité se demandent « Que nous reste-t-il ? »
Fiche technique
* France 2010
* DV couleur, 5 min
Idée originale, réalisation, montage et mixage :
Sébastien Lecordier
Production :
Radiofonies Europe
Que nous reste-t-il ? est un essai discursif de Sébastien Lecordier centré autour d’une interrogation toute personnelle quant au statut de l’image à l’ère du tout audio-visuel : que nous reste-il à voir 16 ans après la mort de celui qui a dénoncé, à travers ses théories, littéraires et cinématographiques, La Société du spectacle, Guy Debord ?
Sa forme se présente sous un aspect un peu austère : une voix off trafiquée déroule un récit où il est question d’un certain Monsieur Pierce (ce nom faisant référence à l’inventeur de la sémiologie, Charles Sanders Pierce). Visuellement, des traces blanches (provenant d’un rêve ?) balayent l’écran, laissent apparaître des visages assis côté à côte pour, à la fin, s’apercevoir qu’il s’agit de spectateurs. Les traces blanches se détachant sur un fond noir proviennent d’une seule et même image, elle-même détournée par Guy Debord de sa source originelle.
Le détournement, Guy Debord et ses acolytes situationnistes l’ont pratiqué systématiquement. Voulant saper les fondements mêmes du pouvoir bourgeois en s’attaquant aux images qui le mettait en scène. Mais cette pratique, la publicité l’a récupérée à son propre compte en vidant le propos politique originel de toute charge critique pour ne garder qu’une forme, aguicheuse, séductrice. C’est là un échec patent des théories émises par le prêtre Guy Debord. Le temps a fait son chemin, un certain cynisme l’a emporté et nous, enfants de la post-modernité, sommes des orphelins aveuglés de trop de lumière, cherchant à mieux voir dans tout ce « fanal obscur ».
Mais là où le prêcheur situationniste pratique le détournement pour mieux saper les fondements d’une société qu’il juge toute entière spectacle, Que nous reste-t-il ? joue le retournement de situation en retournant littéralement et métaphoriquement cette image.
Manière de sortir de la seule négativité voulue par le théoricien. Comme si le statut de « l’image-spectacle », du moins sa valeur d’usage était forcément lestée d’une surcharge pondérale où se logent idéologie, économie, libido castratrice, politique… et surtout, marquée jusqu’au plus profond d’elle-même d’une vision apocalyptique sans possibilité de retour. Bref, pour celui qui reçoit, lit, décrypte, cette « image-spectacle », un horizon on ne peut plus bouché.
Si, dans Que nous reste-t-il ? les questions semblent entamer une danse de Saint-Guy (Debord) et se débattre comme des anguilles sans se laisser aisément attraper, c’est que leur géniteur commence à croire à un possible « spectateur émancipé » (1) , c’est-à-dire, à « l’affirmation de sa capacité de voir ce qu’il voit et de savoir quoi en penser et quoi en faire ».
(1) Le Spectateur émancipé, Jacques Rancière (La Fabrique, 2008)
Que nous reste-t-il ? from Radiofonies Europe on Vimeo.
Que nous reste-t-il ? est une commande de Victor Ede (Cinephage production - http://www.cinephage.org/art-video.html). Ce travail de commande forme avec deux autres films (La galerie ou la poubelle ; Le secret de l’urinoir de Marcel Duchamp révélé au monde) un triptyque questionnant l’art à travers trois figures emblématiques de la critique de l’art du XXe siècle : Marcel Duchamp, Jean Baudrillard et Guy Debord.
Il a été projeté pour la première fois à l’Hôtel de Guines lors de « La nuit la plus longue » qui s’est tenue à Arras le 5 juin 2010.